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Analyse critique de la littérature jeunesse
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17.04.2006
Dernière mise à jour :
27.08.2008
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Frisson de fille

Posté le 12.05.2007 par parolimage
Avec Frisson de fille d’Edward van de Vendel et illustré par Isabelle Vandenabeele, nous avons affaire à un album étonnant. Étonnant par la force qui s’en dégage,tant par le propos que par le style des illustrations.

Louise est un véritable volcan. Elle trouve que le monde est “rasoir”, elle-même est “rasoir”, son jardin si sagement ratissé est rasoir. Il y avait bien Badblueboy dont on lui disait de se méfier, mais il est parti. Alors un jour, n’y tenant plus elle prend sa valise et file vers la forêt de la Pétoche. Là, un grand loup s’avance vers elle. Elle voit ses dents briller. Heureusement quelqu’un est là pour la sauver. Et ce quelqu’un n’est autre que Badblueboy. Seulement, voilà Badblueboy n’est rien d’autre que Barbe bleue .

Louise un temps tétanisée, va vite réagir et prépare une vengeance dont on ignore l’issue.

Cette version contemporaine du fameux conte est fascinante d’audace dans la façon de narrer l’aventure. Le rythme, en particulier épouse de façon parfaite le tempérament déterminé et abrupte de l'héroïne

Les illustrations aux traits marqués jouent de façon convaincante sur trois couleurs : le noir, le bleu et le rouge. Nous sommes dans l’affirmation de soi et les gravures sur bois sont taillées avec vigueur, comme est vigoureuse la quête de Louise pour un amour à partager dans le bruit et la fureur d’une aventure possible.

Un album original qui ne laisse pas indifférent. Les grandes planches, souvent sur double page portent l’émotion dans ce qu’elle a d’aride et de violent. Mais c’est le beau caractère, plein de force et de détermination du personnage féminin qui subvertit littéralement le conte.

Pour tous à partir de 10 ans



--

Il faut une fleur

Posté le 12.05.2007 par parolimage

Quel plaisir de présenter cet album de Gianni Rodari, illustré par Silvana Bonaniet, édité Rue du Monde

Voilà bien un album qui ravira le jeune lecteur, non seulement par un texte d’une belle simplicité, rythmé par la répétition “Pour faire...il faut...”, mais nous assistons à une superbe mises en scène, une superbe mise en page des objets les plus quotidiens où l’enfant, tous les enfants reconnaîtront ce qui fonde leur environnement le plus proche avec toujours une part d’affectivité discrètement présente tout le long de l’album.

En tournant les pages, nous pouvons découvrit tout un monde familier. Le objets qui se présentent sous forme de découpages, prennent vie sous le ciseau talentueux de l'illustratrice qui utilisent toute s sortes de papiers imprimés, de tissus, de bois pour figurer la quiétude de ce qu’on connaît, avec de temps à autre une petite surprise propice à la rêverie.

Tout est chaleureux dans cet étalage d’objets : la grande table, la bouteille, les assiettes, les arbres de la forêt, les fruits, les fleurs...la fleur.

Et puis, comment mieux dire que pour avoir, il faut savoir protéger, ainsi du cycle de la vie qui ici nous est donné à voir :

Une fleur,
Une simple fleur
Mais que serait la vie
Sans cette fleur...

Un album très réussi, pour faire parler l’enfant de ce qu’il connaît et l’ouvrir à l’imaginaire.

A recommander dès 2 ans

Contes russes pour enfants

Posté le 02.05.2007 par parolimage


Je viens de découvrir un petit livre : "Contes russes pour enfants" écrit par Ludmila Oulitskaïa, édité chez Gallimard jeunesse

Avec le premier conte du volume, nous assistons à une succession d’histoires courtes mettant en scène Souris Solitaire aux prises d’un étrange visiteur qui non seulement s’est introduit ans sa merveilleuse armoire si amoureusement rangée, mais qui s’est permis de s’approprier une partie du garde-manger de notre souris scandalisée.
Face à ce drame, Souris solitaire va demander de l’aide à ses voisins. D’abord au Cafard, à Ignace Chat.

Mais voilà qu’un jour c’est le drame, alors que Fédia et Ignace jouaient aux cartes, une odeur de brûlé parvinr à leurs narines. L’ armoire et la maison de Souris solitaire prenaient feu. Fédia, le ramoneur se précipita a son secours. Souris solitaire fut sauvée, mais elle ne conserva de sa petite armoire qu’une nappe et une petite cafetière.

A la fin de l'histoire, comme toujours dans les contes, cela se termine par un mariage. Et avec quise marie Souris solitaire, me demandez-vous ? Mais avec Le Cafard !

Ce conte est suivi d’un autre conte : “Histoire du moineau Anvers, du chat Mikheiev, de l’aloès Vassia et de la mille-pattes Maria Semionovna”.

C’est la simplicité des histoires, leur poésie puisée dans le quotidien qui délivrent tendresse et malice.

C’est plein de douceur. C’est joliment écrit. Le volume est d’un format très agréable et les illustrations où le brun et le rouge dominent ont le charme d’une stylisation très réussie.

A recommander à partir de 8 ans







Amis de coeur

Posté le 26.04.2007 par parolimage


"Amis de cœur" de Kates Banks, éditions Gallimard, dans la collection Sripto, est un roman d’une grande douceur mais qui se termine dans un drame.
Les deux enfants Lou et Ollie s’aiment depuis toujours, depuis le berceau, on pourrait sire, puisqu’ils ont quatre mois de différence et que leurs parents sont très liés.

Mais cela ne suffit pas, me direz-vous ? Et bien c’est comme ça : ils aiment jouer ensemble, parler ensemble, faire des choses ensemble, être ensemble tout simplement.
Les deux enfants habitent Rome, et, , et comme chaque été Ollie rejoint la famille de Lou, au bord de la mer. Cette année, il y a en plus un parisien du nom de Martin qui fait leur connaissance.

Les jours s’écoulent dans la douceur et l’entente.
Mais, tout a une fin. Et Ollie doit rejoindre ses parents à Milan. C’est le départ. On l’accompagne à l’aéroport.

Sur l’autoroute, au retour, tous entendent une sorte de détonation violente. Ils apprennent très vite qu’un bombe a éclaté. n apprend très vite aussi que Ollie fait partie des victimes.
Après le premier moment de stupeur, le cœur de Lou reste irrémédiablement meurtri.

Longtemps après elle garde en elle le souvenir merveilleux de leur longue amitié et le souvenir troublant du premier baiser furtif sur sa joue, juste avant, pour Ollie, de rejoindre la zone d’embarquement.

C’est un roman très attachant. L’Italie où se déroulent les événements donne une centaine saveur aux petites scènes du quotidien. L’écriture est fluide et traite avec délicatesse de la question de la vie et de la mort, du passage de l’enfance à l’âge adulte.

A recommander à partir de 12 ans

Une forêt blanche et noire

Posté le 26.04.2007 par parolimage

Nous allons commencer par un album d’une tonalité particulière. Il s’agit de "Une forêt blanche et noire" de Christian Voltz, édité au Seuil
C’est un album qui traite d’un sujet grave, mais avec une grande douceur.

Comme souvent, dans les albums de Christian Voltz, il y est question de la vie et de la mort, du passage d’un monde à l’autre. L’amitié entre un chat et Mr. Kaspar fonde le superbe récit :Le chat invite ses le lièvre, Madeleine et Mr. José à rendre visite à Mr Kaspar . Mais la forêt leur fait peur et Mr. kaspar, ce vieil homme amaigri leur fait peur. Lorsque ce dernier leur prépare le thé, ils se sauvent. Le chat, lui, reste et lui conseille d’accueillr des oiseaux.
Lecture :

Ainsi la métamorphose de Mr Kaspar passera par l’accueil des oiseaux, avant de se transformer en bouleau. L’image où les oiseaux viennent nicher dans la cage thoracique juste à la place du cœur de notre vieil homme est magnifique.

Les personnages en fil de fer donnent au texte une dimension terriblement émouvante.

On reconnaît le style si particulier de Christian Voltz avec ses étonnantes installations faite de matériaux de récupération : boutons, bouchons, brosses...

Quant au texte, toujours sobre mais d’une grande intensité, il dit bien des choses. Et les non-dit délivrent une respiration qui permet la rêverie.

Le paysage photographié en dominante blanc et beige, jouent sur la lumière et l’on peut presque y entendre le violon du chat.

La symbolique du blanc et du noir de la forêt est aussi celle de la vie et de la mort. Mais aussi celle de la renaissance.

Et, c’est la vie qui finalement triomphe.

Un album à caractère philosophique et d’une grande poésie.

A recommander à partir de 5 ans

Nos petits enterrements

Posté le 17.04.2007 par parolimage
Voici un album de Ulf Nilsson et d’Eva Erikson, édité chez Pastel, absolument délicieux. Le titre en est : Nos petits enterrements
Qui n’a jamais “joué” à enterrer une petite bête, trouvée dans l’allée du jardin ou au cours d’une promenade dans la forêt ?
C’est une expérience qui place l’enfant face au mystère de la mort et qui renouvelle les rituels puisés dans la mémoire familiale ou collective.

Alors qu’un jour les enfants s’ennuyaient, un petit garçon raconte comment ils ont vécu au plus profond d’eux-mêmes ce jeu de la vie et de la mort . Esther venait de trouver un bourdon, un pauvre bourdon mort. On l’enterra.

Vont suivre, ensuite d’autres enterrements : celui de Glouton le hamster, celui du vieux coq (aidé par le papa d’Esther), des souris prises dans leur piège, un hérisson aplati, un lièvre. Une véritable entreprise de pompes funèbres.

A mesure, les enfants perfectionnent le rituel. On collecte des boites, on cueille des fleurs, on fabrique des croix. Et puis on “nomme” les morts comme les faire exister avant la mort, comme pour en garder le souvenir du temps de leur vie.

Il est évident que le sujet relate la propre expérience de l’auteur puisée dans sa petite enfance. C’est très beau car il sait garder retenue et naturel à travers une écriture à la fois vivante et d’un simplicité très agréable.

Quant aux dessins tout de grâce et de légèreté, avec des pointes d’humour qui apaisent le propos, ils émaillent les pages avec bonheur.

C’est un album grave qui traite avec malice un sujet auquel l’enfant est très vite confronté. Les petits poèmes imaginés par le petit narrateur en l’honneur des petits morts, émouvants dans leur fraîcheur, participent à la qualité de ce très bel album.

A recommander pour tous à partir de 6 ans.

Si tu veux être mon amie

Posté le 14.04.2007 par parolimage

Je vous propose à présent les lettres croisées de Mervet Akhram Sha’Ban et de Galit Fink, présentée par Litsa Boudalika aux éditions Gallimard, Page blanche. Le titre en est "Si tu veux être mon amie".

En 1987 Lisa Boudalika réalisatrice de documentaires pour la télévision, propose lors d’un reportage en Israël, à deux jeunes filles de correspondre dans la perspective d’une raison d’espérer, mais aussi dans l’espoir d'une paix définitive.
L’histoire commence en décembre 1987, par le départ de Lisa Boudalika pour Israël. Pas si simple le départ d’Orly.

Puis arrive le mois d’avril de l’année suivante et les premières lettres parviennent aux deux correspondantes, choisies avec l’accord des parents respectifs. L'une est palestinienne (Mervet) et l'autre israëlienne (Galit).

Tout le long de cet échange épistolaire, les deux jeunes filles parlent de leur vie quotidienne, de leurs désirs et de leurs peurs. Mais, les événements se précipitent et Galit décide de ne plus écrire à Mermet, et ceci jusqu’au jour du 31 mars 1991 où elle éprouve le besoin de renouer un lien qu’elle avait rompu à cause de l’intifada.

Une belle correspondance qui dit comment la guerre peut ruiner les amitiés au point de faire des êtres que tout rapproche des ennemis irréductibles.

Un récit qui fonctionne également comme un documentaire, puisque les événements du conflit sont décrits et datés tout le long de ces cinq années de correspondance. En fin de volume, un rappel historique et un lexique permettent d’éclairer certains aspects de l’histoire des deux peuples.

Agréable et émouvant tout en étant informatif. Un livre à recommander dès 11 ans.

Nous ne grandirons pas ensemble

Posté le 06.04.2007 par parolimage
Arnaud Catherine a écrit un très joli récit paru à l’Ecole des loisirs dans la collection neuf. Le titre en est “Nous ne grandirons pas ensemble”

C’est un récit inventif, hors des sentiers battus et qui dit bien des choses sur l’adolescence et sur l’adolescent narrateur en particulier.

Sylvain, 12 ans veut quitter la maison familiale. Sylvain est amoureux, pleinement amoureux, au point de...au point de vouloir rejoindre la belle Mahalia dont il veut tout partager, y compris sa famille. Car Sylvain n’es doute pas, il sera accueilli par celle-ci parce que telle est sa volonté, parce que tel est son amour.

Évidemment, il faut prévenir les parents, il faut les préparations d’usage surtout quand on les aime et qu’on ne veut pas leur faire de peine. Alors, on leur écrit une lettre.


Mais Sylvain, tout amoureux qu’il est reste pragmatique et en vue de son déménagement, il consulte le site "Je déménage.com", car déménager est chose sérieuse.

Entre temps, Martin, son jeune frère qui a lu la lettre “à papa et maman” simule une paralysie des jambes. Sylvain est coincé. Il ne peut abandonner son frère dans cet état.

Et puis les choses se compliquent car Sylvain tombe amoureux de Camille. Alors, on s’excuse auprès de Mahalia et on écrit à Camille.

C’est un petit délice que de suivre les méandres amoureux de Sylvain. C’est d’une fraîcheur époustouflante.


Et quand on lit la préface, sous forme d’avertissement très “ordre moral” c’est carrément jubilatoire. Car vous avez compris rien de choquant chez ce garçon amoureux de l’amour.

Un livre court, délicieusement original.
A recommander pour tous à partir de 10 ans

Les questions de Célestine

Posté le 06.04.2007 par parolimage


Qui n’a jamais fondu d’attendrissement en ouvrant un album “Ernest et Célestine” de Gabrielle Vincent, tous parus chez Casterman dans la collection Duculot ?

Je viens de relire Ernest et Célestine -Les questions de Célestine. Vous savez, Ernest est ce grand ours plein de sagesse et Célestine une petite souris malicieuse. Ils partagent leur vie dans une relation pleine d’affection.

Aujourd’hui, Célestine est triste. Elle reste dans sa chambre. Ernest , tout en lisant le journal, pressent que quelque chose ne va pas.

Et ce qui devait arriver arrive : Célestine veut savoir le lieu où Ernest l’a trouvée. Et Ernest lui dit la vérité. Un jour, qu’il balayait -car Ernest est balayeur de rue - il entendit de petits bruits qui parvenait d’une poubelle. C’était elle, Célestine, qui appelait. Ernest la emporta à la maison, lui donna un biberon, la réchauffa et la garda.

C’est un album qui parle avec force et avec beaucoup de retenue du secret de la naissance d’une petite souris abandonnée.

Tout le monde comprend que les préoccupations de Célestine sont éminemment humaines, ainsi que la parole d’Ernest, si délicate, si chargée de sentiment.

La mise en page, le dessin si expressif, tout subjugue dans cette belle histoire. Cet album nous parle, à nous adultes, comme il parle aux enfants.

Un album à garder précieusement et à recommander pour tous à partir de 4 ans.

21 éléphants sur le pont de Brooklyn

Posté le 17.03.2007 par parolimage

Voici un album somptueux "21 éléphants sur le Pont de Brooklyn" d’April Jones et illustré par François Roca.

L’auteur part d’un fait divers qui eut lieu en 1884, l’année où les travaux du pont de Brooklyn de New York s’achèvent. Ce pont suspendu qui relaie Manathan au quartier de Brooklyn immense et audacieux pour l’époque, enjambe l’East River sur un kilomètre pour relier Manathan et Brooklyn. Il était, lors de son inauguration et les jours qui suivirent objet d’admiration et de fierté, mais aussi de crainte: Sera-t-il assez solide ? Ne va-t-il pas s’effondrer sous le poids des véhicules ? Voilà les questions qu’on se posait.

Nous sommes en présence d’un récit documentaire exprimé de façon vivante dans une sorte d’actualisation des faits de l’époque.

L’objet du livre est dans un coup de théâtre publicitaire d’une audace folle. Face au scepticisme de certains, Phineas T. Barnum, le directeur du fameux “Plus grand cirque du monde”, se proposa de faire passer ses 21 éléphants sur le pont. Rien que ça !

Ce jour-là, toute la ville s’était donnée rendez-vous aux abords du pont. Et les éléphants traversèrent le pont sous les applaudissements d’une foule en liesse. Inutile de vous dire que le cirque Barnum fut adulé par le public.

C’est la fin du XIX ème siècle et nous sommes au coeur du mythe d’une Amérique sûre d’elle-même, audacieuse, dynamique, avec ses chantiers qui la révèle dans sa soif d’être le centre du monde.

Mais l‘album ne serait pas ce qu’il est sans les illustrations de François Roca. La palette extraordinaire des couleurs, pleines de subtilité, le jeu des lumières, le sens du détail est magnifique. Et le grand format adopté pour chacun des tableaux rend merveilleusement le réalisme des images et les rêves qu’elle inspirent.
Un bel album à recommander pour tous à partir de 8 ans

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