Posté le 29.03.2008 par parolimage
“L’homme aux oiseaux” de Melvin Burgess, illustré par Ruth Brown aux éditions Gallimard Folio Cadet.
Ce conte s’ouvre sur l’ambiguiïé du personnage du marchand d’oiseau. Qui est-il ? Un sorcier ? un magicien ? quel est cet homme dépenaillé qui trimballe des petites cages avec chacune un oiseau emprisonné.
Le jeune Ivan a pitié des oiseaux. Il veut acheter un rouge-gorge, certain qu’il est de le libérer aussitôt parvenu à la maison. Le marchand lui vend la cage avec l’oiseau.
“-Je vais le laisser partir, dit Ivan.
-Ah, vraiment ? ricana l’homme. C’est ce que nous allons voir”.
Mais comment libérer l’oiseau qui fait entendre au matin un si joli chant ? Ivan le garde. Mais au bout d’un an, le pauvre rouge-gorge ne siffle plus. Ivan ouvre la cage mais l’oiseau ne bouge plus. Yvan ouvre la fenêtre mais le pauvre petit n’a pas la force de prendre son envol.
Une nuit, Yvan rêva. Un étrange rêve où l’homme aux oiseaux parla à Yvan d’une voix pleine de douceur, tout en caressant l’oiseau. Au matin, Yvan libéra l’oiseau.
Le récit merveilleusement écrit possède une profondeur qui fascine le lecteur. Entre empathie et égoïsme que faire de la liberté de l’autre ?
C’est superbe, comme sont superbes les illustrations de Ruth Brown entre réalisme et fantastique.
Un très joli conte à mettre entre toutes les mains à partir de 7 ans.
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Posté le 16.03.2008 par parolimage
Cette légende drolatique fut contée, dans les années 1930, par James Joyce à son petit fils. Elle nous parvient, ici, dans une réédition fort bienvenue aux éditions Gallimard, Folio Benjamin.
Imaginez-vous qu’en ce temps là, la ville de Beaugency était un peu coupée du monde. Le grand fleuve qui la bordait était si large qu’il fallait emprunter un bateau pour le traverser car aucun pont ne l’enjambait.
Un jour, le Diable lut dans le journal que l’on cherchait une solution à cet épineux problème. Construire un pont ? Cela coûtait trop cher. Alors le diable rencontra Mr Byrne, le maire de Beaugency et lui proposa le pacte suivant :
“La seule chose que je demande, c’est que la première personne qui traverse le pont m’appartienne”
L’affaire fut conclue et, le lendemain, devant les yeux ébahis des habitants, un magnifique pont enjambait la Loire. Tout au bout, le diable attendait.
Par une ruse quasi diabolique, le maire vida un seau d’eau sur un petit chaton qu’il avait emporté avec lui. Et le premier qui traversa le pont fut le pauvre chat complètement épouvanté.
Le diable en bafouilla de colère et depuis, on appela les habitants de Beaugency “Les chats de Beaugency”.
Malice et humour font de ce texte un petit régal de lecture. Quant aux illustrations de Roger Blachon elles s’inscrivent à la fois dans l’architecture de la ville que dans l’ambiguïté des personnages; Qui est la plus malin ? le diable ou Mr Byrne ?. En tout cas les images s’en amusent.
A recommander dès 7 ans.
Posté le 11.03.2008 par parolimage
“Quand elle sera reine”, paru aux éditions Thierry Magnier, Rachel Hausfater nous livre un roman d’une grande intensité.
Mira est une enfant mal aimée, secrète et farouche. Sa mère a disparu lorsqu’elle était enfant lui laissant un livre à l’écriture étrange. Son père qui l’aime, sans doute, ne sait rien exprimer sinon une grande tristesse. Sa seconde femme, sachant son mari inconsolable de la première, voue à Maria une haine sournoise. Seul Pavlick, son jeune frère arrive à l’émouvoir.
Les jours s’écoulent arides et tristes pendant l’absence du père.
La nature autour d’elle, son travail à la ferme sont autant de plaisir volés à une vie quasi figée. Mais le premier bonheur vient de madame kaplish, l’institutrice qui vient la chercher. Lire, lire enfin, s’évader, rêver et découvrir d’autres mondes.
A la mort de sa belle-mère, cependant, elle doit quitter l’école pour s’occuper des bêtes.
Et puis, un jour de foire, elle rencontre Rayal, son premier amour. Rayal qui la fera grandir avant de disparaître, comme il est venu.
Cependant, la guerre s’impose. Elle s’impose à Mira et lui révèle son “demi-soi” : sa chevelure, la profondeur de son regard sombre, tout évoque chez elle l’étrangère, celle qu’on ne veut pas. Elle doit fuir.
Elle rencontre Brodi, amour inachevé pour fait de Résistance. Brodi meurt. Mira se retrouve seule une fois de plus. Elle connaîtra les camps. C’est là, au moment d’une autre fuite, quelle comblera sa soif d’amour en recueillant dans les décombres du camp, un petit être vagissant quelle emporte dans sa fuite sur le chemin de la liberté.
Un texte dont la narration , entre prose et poésie, sait délivrer la fougue rageuse du personnage. Le rythme du récit épouse la quête obstinée d’une jeune fille à la personnalité dérangeante et passionnée.
Un personnage féminin qui affirme sa soif de vie malgré toutes les adversités. C’est beau
A recommander à partir de 13 ans
Posté le 07.03.2008 par parolimage
Voici un petit récit très sympathique. Le titre en est “Dossier la Guêpe” d’Anna Vantal, illustré par Violaine Leroy et publié par Actes Sud Junior.
Pauline a treize ans et il est bien difficile pour le jeune Julien de voir sa sœur grandir, avoir ses secrets, s’enfermer dans sa chambre et l’ignorer un point de le laisser manger seul dans la cuisine pendant l’absence des parents Jusqu’alors ils avaient vécu des moments d’une belle complicité.
Mais, les choses se corsent lorsque Tim, son meilleur copain lui révèle qu’il a vu Pauline parler à quelqu’un, rue des cerisiers.
A quelqu’un ? C’est qui ?
Tim propose de mener l’enquête de façon scientifique (il est à bonne école, son père est inspecteur de police). Quant à Julien il apprend vite. Il réussit même à intercepter un SMS reçu par sa sœur : Rv-2m1 Komdab-Biz
La filature commence. On y adjoint le chien Hugo car tout le monde sait que les chiens ont du flair, n’est-ce pas ? L’enquête conduit les jeunes détectives jusqu’à Charles, l’ami de cœur de Pauline. Mais la grande surprise ‘est de découvrir Pauline produisant un numéro d’escalade à vous couper le souffle. Et ceci devant lors de la fête d’une association à laquelle participent également les parents.
Vous devinez bien sûr que le mentor n’était autre que ce Charles avec lequel elle avait des rendez-vous secrets. Et sportifs !
Surprise, grande émotion. Après son triomphe, Pauline en larmes vient embrasser Juju, le mot tendre qu’elle ne prononçait plus.
C’est un récit plein de fraîcheur, d’une lecture très agréable. Une jolie histoire de réconciliation.
A recommander à partir de 8 ans
Posté le 04.03.2008 par parolimage
Un petit coup de coeur pour cet album : “Ecrire le monde “de Nouchka Cauwet, illustré par Patricia Reznikov aux éditions Belize.
Cela débute par un conte : “Le message d’Aliza”. Cette petite fille du grand Nord voulut avertir les gens du village de l’arrivée de centaines de phoques, là où elle se trouvait. Elle écrit un message sur un os de poisson et le corbeau en est le messager. Mais à la lecture du message les villageois ont cru Aliza en danger. Lorsqu’ils arrivent, les phoques effrayés s’enfuient.
C’est alors que le livre nous parle de l’invention des alphabets qui ont permis aux homme de se comprendre à travers l’espace.
C’est un ouvrage qui tire son originalité par son esthétique qui mêle l’information documentaire, la poésie, la peinture, l’art graphique. Chaque lettre est déclinée à partir de l’écriture née au Sinaï, puis par celles des phéniciens, des grecs, des étrusques et enfin du latin. L’arménien, l’hébreu, le cyrillique ne sont pas oubliés, ni le Chinois.
Mais la partie documentaire est enrichie par des poèmes transcrits à la main par des enfants et par des tableaux dans lesquels figurent des lettres, symbolisées ou non avec un commentaire sobre mais qui met en éveil le regard. A tout ceci s’ajoutent des séries de mots qui sont autant d’invitation à la parole et à la poésie.
C’est un très bel ouvrage qui nous apprend beaucoup de choses sur le cheminement des lettres et qui se regarde avec un réel plaisir tant le choix des tableaux, le choix des poèmes et la mise en forme sont d’une réelle beauté.
Quel plaisir que de tourner les pages du livre agréablement glacées. Et on ne peut que se réjouir du choix des oeuvres présentées
A recommander pour tous à partir de 8 ans
Posté le 29.02.2008 par parolimage
Glaise de David Almond -Gallimard scripto
Quel livre étrange que le dernier roman de David Almond paru chez Gallimard dans la collection Scripto..
Ce n’est sans doute pas un livre pour tous, mais tous peuvent le lire à condition de jouer le jeu et d’accepter l’univers étrange du roman où le réel et le fantastique se mêlent de manière si fluide et si naturelle qu’on s’y laisse emporter, fascinés que nous sommes par le rythme narratif d’une totale efficacité.
Que se passe-t-il à Felling, une petite ville de l’Amérique profonde traditionnelle et pénétrée de religion ? Et la ville est-elle si assoupie que rien ne peut réveiller ason apparente quiétude ? Le récit débute ainsi :
« Il était arrivé à Felling par une matinée radieuse et glaciale de février”
Qui est ce “il” énigmatique ? C’est Stephen Rose. Il débarque un jour dans la bourgade et sera accueilli par une vielle tante dévote que tout le monde ici appelle Mary la folle.. En apparence Stephen Rose est un garçon ordinaire. Pourtant une rumeur court à son sujet. Son père n’est-il pas mort dans des conditions étranges en la présence du fils ? Et pourquoi la mère a-t-elle sombré dans la folie ? Et pour quelle raison lui-même, destiné à la prêtrise, a-t-il été renvoyé du séminaire?. Des bruits courent. On parle d’exorcisme, de messes noires...
Mais pour l’instant ce qui frappe ceux qui côtoient le nouveau venu, c’est son don. Entre ses mains, la moindre motte de glaise se transforme en une sculpture d’une étrange beauté.
Dès son arrivée, Stephen Rose remarque Davie sur lequel il exerce très vite une grande fascination. Le monstre qu’ils vont fabriquer, tel le Golem, a-t-il vraiment vécu ? Qu’importe, car nous sommes immergés dans l’étrangeté des rapports entre les êtres, ceux-là mêmes qui portent le récit dans une spirale inexorable.
Lorsque le récit se termine sait-on vraiment si les événements ont vraiment ont vraiment eu lieu, ou bien n’est ce que l’effet de l’imagination délirante du jeune narrateur ? C’est toute la force du roman de ne pas conclure, mais c’est aussi une façon de laisser le lecteur dans une ressenti improbable.
C’est ainsi que l’ensemble du récit navigue constamment entre la normalité et le paranormal. Et si tous les personnages sont frappés d’ambiguïté, c’est pour mieux jeter le trouble chez le lecteur. Une œuvre puissante et dérangeante.
Un récit d’une grande densité, troublant et dérangeant, mené avec maestria.
A recommander à partir de 13 ans
Posté le 27.02.2008 par parolimage
Bientôt les beaux jours et les plaisirs de la table renouvelés. Les éditions Giboulées-Gallimard, collection "Les petits craquants", ont initié une petite collection gourmande pour tout petits qui présente légumes et fruits dans un petit format carré bien manipulable.
Ici, je vous présente "Petite aubergine" d'Amélie Graux. cela commence par : "Je suis violette..." et se conclue par une bagarre entre petite tomate, petite courgette, petit ail et petit oignon. Et vous devinez quoi ? Cela se termine par une sacrée ratatouille !
C'est tout mignon et les illustrations, pleines de fraîcheur, ont de quoi inciter le petit lecteur à se mettre aux casseroles, enfin, avec l'aide de sa maman ou de son papa.
Un petit livre tout simple et une introduction au documentaire joliment formulée. De quoi savourer la suite avec "Petit chou", Petite fraise" et Petit radis"
A recommander dès 2 ans
Posté le 21.02.2008 par parolimage
Vous savez comme j’avais aimé “Tête à tête, 15 petites histoires pas comme les autres” paru aux éditions Milan de Geert de Kockere, illustré par Klaas Verplancke. Voici un autre volume du même auteur, illustré par Joan Devrome. Le titre en est : “Jamais content !”, 15 nouvelles histoires pas comme les autres
15 courtes histoires, donc, vraiment pas comme les autres et toujours si bien venues dans leur fantaisie et leur approche philosophique.
Là, encore, ce sont des animaux qui dialoguent, chacun exposant ses doutes, ses interrogations, ses colères. Tous des animaux ronchons, jamais contents d’eux-mêmes, de leur vie, ni davantage du comportement de toute la gent animalière. Interrogations existentielles menées avec humour et beaucoup de finesse.
Les mêmes qualités d’écriture sont au service de ces récits où on se laisse surprendre par de curieuses rencontres et non moins curieuses discussions, souvent inattendues.
Étonnantes aussi les illustrations expressives des animaux sur fond de tapisseries originales et qui expriment doute, angoisse, surprise et colère. De quoi ravir le jeune lecteur et ouvrir à bien des discussions.
A mettre entre toutes les mains à partir de 6 ans
Posté le 19.02.2008 par parolimage
Les enquêtes de Vipérine Maltais : “le secret du choriste” de Sylvie Brien, illustré par Gianni de Conno -Editions Gallimard Hors piste
Voici un récit qui séduira les lecteurs friands des récits où se mène une enquête. Ici, la détective n’est autre que Vipérine Maltais du collège de Portange, secondée par sa tante Saint Ignace, une religieuse atypique au caractère bien trempé.
Que s’est-il passé exactement le 13 mai 1921, lors du concert donné par les élèves du pensionnat et où le jeune Idala reçut un lustre sur la tête, le laissant dans un coma prolongé ? Et d’où provenaient les lettres de menaces qui embrumaient le jeune adolescent au point de le rendre suicidaire ? Et qui, enfin, dénonçait dans le secret de l’anonymat sir James Bloodgood, le propre père de l’enfant comme son assassin potentiel ?
Pour tirer les fils d’un écheveau d’une histoire familiale pas vraiment simple, il fallait bien toute la clairvoyance et la ténacité de notre jeune détective, aidée en cela par sa non moins perspicace tante.
Les personnages hauts en couleur, aux destins singuliers, sont autant de mises en perspective d’une enquête menée tambour battant.
A la manière d’Agatha Christie, Sylvie Brien se complet à emmêler l’intrigue au point que chacun des personnages du récit nous apparaît comme suspect. Difficile, alors, pour le lecteur détective de ne pas se perdre, ce qui ajoute du piment à la narration malicieuse de ce récit bien mené.
Et puis, il y a une qualité d‘écriture qui manie à la fois légèreté et humour ce qui donne au récit son caractère original
Les médaillons qui ponctuent le texte sont d’une grande qualité.
Très agréable à lire dès 10 ans. Et on peut retrouver Vipérine Maltais à travers d'autres enquêtes non moins captivantes. Avis aux amateurs !
Posté le 12.02.2008 par parolimage
Voici un très beau roman de Laurent-Xavier Petit “Be safe” édité à l’Ecole des loisirs, Médium.
Dans la petite ville américaine où vit Oskar, la vie se partage pour le jeune adolescent entre la maison, le lycée, et sa passion du rock qu’il partage avec son frère Jérémy. Ce dernier, ayant quitté l’école, traîne son ennui entre l’oisiveté et les petits boulots. Il a dix-huit ans.
Un jour, il est recruté pour l’armée. Contre toute attente, il s’engage, persuadé que son travail consistera à reconstruire les ponts détruits. La réalité sera bien différente, violente terrible, gangrénée par la peur.
Un livre de plus sur la guerre, me direz-vous ? Oui et non. C’est un livre qui a une qualité rare. Les relations qui s’y nouent, au fil des mois, le long silence du père sur “sa” guerre du Vietnam, la présence des femmes (mère, petite amie) figures énergiques et stimulantes sont autant de points d’appui à une narration exemplaire. Quant au personnage de grandma, une grand-mère loufoque qui passe son temps à lire des romans d’amour (ça ne vous rappelle rien ?) et qui ose la pire des transgression puisqu’elle va aider Jérémy, son déserteur de petit fils, à franchir la frontière lors d’une permission, est stupéfiante.
Il y a dans ce roman une complexité qui s’expose avec un naturel éblouissant. Une chose rare, aussi, c’est la capacité de l’auteur d’éviter le discours moralisant, les cliché pacifistes, tout en portant la dénonciation de la guerre à son sommet.
Magnifique et magnifiquement écrit.
A recommander pour tous à partir de 13 ans.