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parolimage
Description du blog :
Analyse critique de la littérature jeunesse
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
17.04.2006
Dernière mise à jour :
03.07.2008
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Le Ville de Marseille

Posté le 09.01.2008 par parolimage


"Le Ville de Marseille", Jean-Paul Nozières, Seuil, 1996, 161 p., 59 F


C’est la fin de la guerre. Au printemps 1962, les attentats de l’OAS se multiplient en Algérie. Le FLN riposte. Il faut partir. Juste avant le départ, la mère de Paul, meurt. Tahar et Fatma ont choisi leur camp.

« Le bel oranger », la demeure coloniale, plantée au milieu des terres, est le dernier témoin d’une histoire où les destins se sont croisés et qui se séparent, un jour de mai, sous une chaleur torride. Paul, est le témoin lucide de ce monde qui se termine. La lente mélopée de Fatma, la nourrice, celle qui a bercé son enfance, va se taire à jamais. Figure protectrice, contre l’enfer familial, elle symbolise à elle seule la douleur de l’arrachement . Paul est prêt au départ, refoulant, au plus profond de lui, la nostalgie d’une terre qu’il va quitter.

Au cours du récit, les voix qui s’entrecroisent et se font écho marquent la fin d’une adolescence, vécue dans la tourmente de l’Histoire. Paul rejoint son père, dont il fut séparé, et quitte l’Algérie sur « Le Ville de Marseille » en partance pour la France.

Refusant de privilégier un seul point de vue, Jean-Paul Nozières propose un récit fondé sur les méandres de la mémoire, laissant le lecteur face à ses personnages et à la complexité des situations. L’ambiguïté des acteurs du drame leur donne une profonde richesse. L’aspect historique est traité, ici, sans manichéisme, et permet une liberté de lecture tout à fait exemplaire. Un roman qui interroge.

A recommander à partir de 13 ans



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La fille du canal

Posté le 08.01.2008 par parolimage


"La fille du canal", Thierry Lenain, Syros, Les uns les autres, 1993, 90 p.39 F

Dès la première ligne nous sommes confrontés au drame. Sahra marche dans la rue, blème, absente de son corps. La poupée qu’elle retrouve plus tard dans sa chambre ferme les yeux. Comme elle. De quelle réalité se cache-t-elle ? Comment expliquer l’aveuglement des parents ? Un jour, Sahra revient avec les cheveux coupés en brosse, comme un garçon. En réponse les gifles claquent. La mère désemparée propose à l’enfant de se rendre plus souvent chez le professeur de dessin. Ce dernier veut la présenter à un concours. Elle est douée. Elle ne veut pas s’y rendre. Et pourtant elle ira. L’institutrice tente de comprendre cette enfant renfermée et triste. Est-ce le drame vécu par elle au cours de son enfance qui la rend sensible au malheur de l’enfance ? Ce peut-il que Sahra lui renvoie l’image d’elle-même à son âge ? Et si elle se trompait ?

Ce court texte plein de retenu traite du thème de la pédophilie. Dans ce récit à deux voix pour dire une tragédie dans laquelle la victime s’enferme dans le silence et la culpabilité, l’auteur s’efface pour révéler l’intériorité d’une jeune enfant qui voit sa vie sombrer dans le néant. Une écriture limpide et minimaliste pour un sujet douloureux.

A recommander pour tous dès 13 ans

Histoires des quatre saisons

Posté le 06.01.2008 par parolimage

Voici un recueil de contes, parus aux éditions Flies France, présentés par Marilyn Plénard et illustrés par Delphine Bodet : “Histoires des quatre saisons”.

L’auteure nous présente une série de contes traditionnels venus des quatre coins du monde. Leur charme réside dans l’authenticité d’une écriture qui révèle joliment la capacité du conte à symboliser ce qui est universel dans la relation de soi à l’autre, dans la relation de soi à la nature. C’est simple et beau tout à la fois. Des vignettes explicatives sur l’origine du conte ou sur des phénomènes naturels permettent de contextualiser le récit dans son ancrage naturel, comme celui-ci :

"La grenouille qui avait soif"
conte australien

"C’était il y a bien longtemps.
Si longtemps que l’arrière-arrière-grand-père de mon arrière-grand-père n’était pas encore né. La canicule et la sécheresse régnaient sur le pays. Plus un ruisseau, un étang ou une ri-vière ne donnait d’eau. Les hommes, les oiseaux, les animaux tombaient et mouraient. Les chasseurs avaient cessé de poursuivre le gibier. Quelques-uns, restés en vie, regardaient le soleil, dont l’ardeur flamboyait dans le ciel d’or fondu. Les nuages avaient disparu. La seule ombre qui planait était celle de la mort.
Les survivants se réunirent près de ce qui avait été le principal point d’eau de cette terre désolée. Ils se demandaient où avait bien pu disparaître tout le liquide qu’il y avait avant.
On découvrit bientôt que l’eau avait été bue par une grenouille d’une taille gigantesque. Hommes, oiseaux et animaux prirent rapidement une grande décision : ils allaient faire éclater de rire cette grenouille, comme ça, elle recracherait toute l’eau qu’elle avait bue. Mais ce fut en vain que l’oiseau moqueur riait aux éclats devant la grenouille, en vain que le kangourou sautait devant elle, en vain que la cigogne dansa sur un pied. La grenouille géante pinçait bien fort la bouche et refusait de rire.
Alors, un vermisseau grimpa sur le ventre nu de l’énorme batracien et se mit à le chatouiller avec le bout de sa queue. La grenouille se retint longtemps, longtemps, mais à la fin, n’y tenant plus, elle éclata de rire : toute l’eau tomba en cascade de sa bouche immense et aussitôt les rivières, les étangs, les ruisseaux et les lacs se remplirent à ras bord et la vie fut sauvée, et tout recommença comme avant".

A recommander pour tous à partir de 5 ans


Ce soir-là, Dieu est mort

Posté le 04.01.2008 par parolimage


Christian Grenier nous avait convié, généralement, à des lectures sciences-fictionnelles, si on peut dire, autour de personnages qui n’avaient, toutefois, pas perdu de leur dimension humaine. Avec “Ce soirlà, Dieu est mort, édité chez De La Martinière, l’auteur nous propose un récit autobiographique tout de retenue et sans concession.
Le jeune narrateur connaît une enfance tranquille, entre deux parents, anciens comédiens. A sa naissance, la mère élève son fils et le père devient régisseur de la Comédie française. Leur modeste appartement parisien jouxte celui où travaille sa tante, femme très pieuse. L’enfant lui-même dont l’imagination est toujours prête à s’enflammer baigne avec ravissement dans le merveilleux des textes bibliques. Il est profondément croyant.

Un oncle de Besançon, un certan Edmond qui a réussi pendant la guerre, ne cesse de les inviter. Une année, après bien des hésitations, la famille de Christian part rejoint l’oncle pour les vacances. Et c’est là que le jeune Christian fera connaissance de son cousin Aubin. Presque du même âge, rêveur et pieux, celui-ci devient immédiatement l’ami complice. Seulement, Aubin n’est pas brillant, ni entreprenant. Il veut se destiner à la prêtrise.

Or, l’oncle exige qu’il rejoigne l’antreprise familiale de Chaussures. Et les humiliations pleuvent sur le jeune adolescent jusqu’au jour où, à la suite d’une dispute, Aubin se pend.

La perte de l’ami est effroyable, et le refus de l’Eglise d’accorder à Aubin un service religieux pour son enterrement fait perdre à Christian tous ses repères. Et dans un même mouvement d’incompréhension, de révolte et de souffrance il perd la foi.

Voilà les faits. mais cela ne suffirait pas si le récit n’était pas porté par une écriture pleine de retenue et une construction qui décrit avec précision le courant irréversible qui mène à une double séparation : celle d’avec une amitié profonde et celle d’avec la foi.

Un beau roman grave et intense qui fait honneur à la collection”confession” dans laquelle il est paru.

A recommander pour tous à partir de 13 ans

Dans moi

Posté le 01.01.2008 par parolimage


Avec “Dans moi” texte d’Alex Cousseau et illustrations de Kitty Crowther, les éditions MeMo nous offrent un album d’exception.

La page de garde est assez déroutante. Avec ses deux silhouettes anatomiques, l’une représentant un squelette, l’autre revêtue de muscles avec un début de visage humain. Et l’incipit du texte pose avec audace l’interrogation de départ :

“Je n’ai as toujours été moi.
Avant d’être moi je n’étais pas dans moi.
J’étais ailleurs.
Ailleurs, c’est tout sauf moi.”

Et le dessin de Katty Crowther s’impose déjà pour nous troubler et nous enchanter.

Au tout début, une petite fille, vêtue de noir (on pense à Marjane de Persepolis), un paysage avec ses arbres dénudés, un lac au sein duquel nagent d’étranges personnages. Et puis l’enfant qui nous parle, qui prend conscience qu’avant ce n’était pas elle, qu’elle n’était pas le Roi. Le monde de ses désirs lui échappait,. Elle avait des ennemis et des ennuis.

Et le récit se poursuit dans une quête active, parfois douloureuse sur le thème : Qui suis-je . Que puis-je ? Le désir, le trouble, les pensées de l’enfance sont dits et dessinés de façon poétique et personnelle. Dire et dessiner la quête de soi et comment s’apprivoiser, au détour des premiers balbutiements.

Ici, c’est la figure de l’Ogre qui dessine le chemin de l’autonomie. Et le paysage en fleurs de la dernière double page signe le moment où l’enfant peut prendre, enfin, la parole et appréhender le monde.

Que dire de ce petit chef d’oeuvre sinon que c’est du grand art pour dire des choses essentielles avec un économie de moyens.
Surprenant
A recommander pour tous à partir de 5ans

La bande de Beck

Posté le 29.12.2007 par parolimage


“La bande de Beck “de Carrie Mac, est édité chez Actes Sud.

Ce n’est pas un “grand” livre, mais il traite de façon vivante et sans concession d’un sujet qui contribuera à la réflexion des ados, surtout s’ils sont partis en guerre contre tout ce qui est normatif.

Nous sommes au Canada. Zoé vit avec sa mère et sa soeur. La mère ? Une femme fragile et précaire qui se débat comme elle peut. La famille se déplace sans cesse; d’une ville à l’autre. Zoé en souffre, bien sûr, car elle ne peut nouer d’amitiés stables et se sent différente. Lorsque débute le récit, la famille est en passe de déménager pour Abbotsford, triste ville qui “baignait dans une brume jaunâtre”

Première rencontre de Zoé : une fille dans un square. c’était Beck. La deuxième rencontre avec Beck, ce fut au lycée. Mais, là, il y avait la bande. Des filles. Zoé est littéralement happée par ces jeunes perdue et livrées à elles-mêmes. Mais quand on fait partie de la bande, on en sort qu’avec risques et périls.

Pour l’heure, et depuis des années, April, surnommée Dog car jamais séparée de son chien, en est la souffre douleur. L’acharnement sur la jeune fille devient de plus en plus terrible et Zoé rompt avec la bande. Alors un harcèlement à son encontre commence tout d’abord inquiétant, puis d’une violence extrême.

Ce roman décrit avec réalisme une situation qui pousse cinq adolescentes à commettre des actes jusqu’aux limites du supportable : actes barbares, cruauté humiliations...

Évidemment, c’est désespérant. Évidemment, on se pose des questions. Et c’est au lecteur adolescent de prendre conscience de ce qui peut advenir dans un groupe qui bascule : surenchère, escalade vers le pire au risque du non retour.

Carrie Mac nous délivre un texte au ton très juste et qui se lit d’une traite. Une lecture aisée, un rythme soutenu. qui ménage les moments de haute tension et des moments ou l’amitié prend le dessus sur la peur. Des personnages attachants accompagnent Zoé et l’aident à se dégager de ce bourbier.

C’est un récit qui fera discuter. Comment se défendre quand on est victime. Comment se reconstruire quand on devient bourreau ?

Pour tous à partir de 13 ans

PETITS CONTES ZEN

Posté le 25.12.2007 par parolimage

Une page de garde, bleue et blanche très japonisante, annonce un album d’une douceur infinie. Le titre en est “Petits contes zen” de Jon J Muth.

Trois enfants font connaissance avec “Eau-Paisible”, un gros panda tout rond et tout plein de gentillesse. Ce dernier venait récupérer son ombrelle chassée de son jardin par un coup de vent. Il apparaît si doux avec son ombrelle rouge et charmant avec son léger accent panda. Chacun des enfants se rendra à son domicile et chacun recevra en cadeau un petit conte en partage. “Oncle Tsukimi et la lune” sera celui offert à Anna Puis, quand viendra Martin, Eau-Paisible lui contera “La chance du paysan” . Et, enfin, à Charles le plus petit, sera dédié “Un lourd fardeau”.

Trois histoires, donc, racontées chacune dans un lieu différent : une tente le sommet d’un arbre, le bord d’un piscine gonflable. Rien que ces lieux, si proches des jeux enfantins, sont superbement mis en place par la narration et le dessin et séduiront le jeune lecteur.

A la lourdeur symbolique des jeunes enfants qui ne comprennent pas encore la façon d’orienter la relation à l’autre, s’oppose la sagesse du panda dont la grande masse atteint un merveilleux équilibre, aidé de son ombrelle délicate et aérienne.

Les illustrations sont superbes, tant par leurs couleurs que par la représentation des personnages si expressifs. L’utilisation du noir et du blanc est fascinante ET la mise en page offre au regard de petites découvertes qui procurent une réelle émotion.

C’est un album, de mon point de vue, exceptionnel, tant par la qualité humaine de son propos, que par la poésie qui s’en dégage.

Et puis il est vraiement Zen. Un petit bonheur de lecture à la sagesse désarmante.

A recommander pour tous à partir de 8 ans





Ubu Roi

Posté le 19.12.2007 par parolimage


Quelle heureuse surprise que cet “Ubu Roi” , paru chez Gallimard, dans la collection Giboulées !
Alfred jarry, potache en son royaume du grotesque et de l’inconvenant, nous délivre une farce avec une outrecuidance et des débordements qui convoquent le rire.

Il n’est pas courant de lire du théâtre, à cette hauteur, dans le livre de jeunesse. Et bien, c’est fait;
Histoire de découvrir, redécouvrir, faire découvrir ce théâtre impertinent et jubilatoire. Ah ! Le goût du pouvoir, c’est quelque chose quand ça vous tient. Père Ubu sous la houlette de Mère Ubu, s'y entend pour trafiquer, usurper, détrôner.

Un festival de l’incongru où les bons esprits ne se rencontrent pas. Il n’y a pas, ici, de salon où l’on cause, de five o’clock entre petits fours et chocolats, mais du grossier, du vulgaire, une manière de triturer la langue fort réjouissante,. En un mot, Ubu c’est Hénaurme.

Mais “cornegidouille”, “de par ma chandelle verte”, il faut ouvrir les “oneilles” pour s’en régaler et assister effarés et joyeux aux débordements d’un Ubu dont la goinfrerie n’a d’égale que sa pleutrerie et son avarice.

De plus, c’est un magnifique album toilé de rouge fluo. Les illustrations de Ricardo Mosner accompagnent de façon ubuesque le texte. Des illustrations hautes en couleurs, aux dessins foisonnants dont le graphisme est rythmé comme l’écriture. C’est beau et spectaculaire.

Vous avez compris que ce texte, pour le lecteur adolescent est à lire à haute voix pour en extraire toute la substance iconoclaste. De quoi passer un moment mémorable à jouer Ubu dans le jeu des excès et de la dérision.

Quant aux adultes, ils ne bouderont pas leur plaisir et joueront le jeu, avec ou sans leurs grands adolescents.

A recommander pour tous à partir de 13 ans

La mystérieuse nuit de Noël

Posté le 19.12.2007 par parolimage

Quel beau livre que voici, celui de “La mystérieuse nuit de Noël” de Clément C. Moore, illustré par Niroot Puttapipat, aux éditions Milan.

Cette histoire qui renoue avec la tradition nous parle d’une rencontre d’un jeune garçon avec le Père Noël au moment où celui-ci descend par la cheminée. L’auteur britannique qui fut tout au long de sa vie passionné par les histoires de Noël, nous invite à lire un texte, à la fois charmant et plein de douceur.

Les illustrations sont d’une telle délicatesse qu’elles séduisent le lecteur qui regarde avec fascination ce petit théâtre où le père Noël est le héros. Les papiers découpés, façon ombres chinoises, se découpent sur des illustrations en rouge, noir et vert, donnant un effet de relief particulier. Le support papier ajoute à l’élégance de cet album délicat et si subtilement désuet. Des rabats laissent le regard deviner la scène suivante, et c’est le même ravissement d’une page à l’autre.

Quand on ouvre la dernière double page nous sommes ravis du pop up où l’on voit le Père Noël volant avec ses rennes au-dessus d'un paysage assoupi sous un manteau de neige immaculée.

Comme il “exotique” de retrouver une histoire de Père Noël telle que l’ont aimée bien des générations. Et quelle précieuse mise en image nous est offerte ici.

C’est magnifique de beauté et de délicatesse.

A recommander pour tous à partir de 3 ans

C'était l'hiver

Posté le 16.12.2007 par parolimage

C’était l’hiver de Aoï Hubert-Kono, aux éditions Panama nous offre un album étonnant.

Le titre en est anachronique, puisque”C’était l’hiver” nous parle de l’hiver en devenir.

La page de couverture esquisse les silhouettes d’arbres aux troncs d’or et de gris, dépouillés de leur feuillage. L’alignement subtil plante le décor.

Et puis dès la page de garde, apparaissent des flocons gris sur fond blanc, puis blanc sur fond gris.

Jeu des traits, jeu des formes, traces dans la neige, envols d’oiseaux. La vie de l’hiver est malgré tout palpable dans le silence, dans le froid, dans l’engourdissement, dans une vie secrète qu’on pressent à l’insu du regard.

Et, oh ! Surprise : à la dernière page, cette fois, dans de lumineuse couleurs aux tons bruns gris et beige, apparaissent dans leur splendeur les animaux qui ont laissé des traces dans la profondeur du blanc de la page.

C’est minimaliste et tellement beau.

A découvrir, le soir, au coin du feu?

A recommander à partir de 2 ans
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