Romans
Posté le 22.10.2007 par parolimage
Avec le rêve de Si-Yan de Sally Grindley, édité chez Castor Poche, dans le collection “Histoires d’ailleurs”, nous changeons totalement de registre.
Nous sommes en Chine. La famille de Si-Yan est une famille de paysan. La vie y est modeste, mais la famille est heureuse, unie.
Malheureusement, le père meurt et il devient de plus en plus difficile pour la mère et Si-Yan de subvenir aux besoins de la famille.
Si-Yan a onze ans et est brutalement séparée de sa mère et de son jeune frère Son oncle l’emmène en ville pour être vendue.
Nous assistons, alors au triste voyage de l’enfant, jusqu’à sa vente à une famille bourgeoise où elle est destinée, par la suite, à épouser l’enfant de la famille, handicapé mental.
Un jour, Si-Yan se sauvera de cet enfer doré et se retrouvera à travailler dans une usine de jouets. L’exploitation des enfants y est dure, mais elle rencontre l’amitié, le plaisir d’être libre le dimanche et de s’amuser en ville.
Ce qui la guide dans le travail c’est de revoir sa mère et son jardin.
C’est sur un lit d’hôpital, exténuée, qu’elle entend la voix de son oncle lui annoncer la mort de sa mère, inconsolable après son départ.
Si-yan retrouvera sa maison et avec son jeune frère le chemin de l’école qu’elle avait dû quitter à la mort de son père;
C’est un très beau récit, plein de tact. Tout y est dit avec un réalisme sans outrance. La figure de la jeune fille , son intériorité et sa forte personnalité nous la rendent très proche.
C’est aussi une fiction documentaire qui décrit bien la grande mutation de la Chine actuelle.
Très beau roman, d’une lecture agréable composé de courts chapitres qui en facilite l’approche.
A recommander pour tous à partir de 10 ans
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Posté le 09.01.2008 par parolimage
"Le Ville de Marseille", Jean-Paul Nozières, Seuil, 1996, 161 p., 59 F
C’est la fin de la guerre. Au printemps 1962, les attentats de l’OAS se multiplient en Algérie. Le FLN riposte. Il faut partir. Juste avant le départ, la mère de Paul, meurt. Tahar et Fatma ont choisi leur camp.
« Le bel oranger », la demeure coloniale, plantée au milieu des terres, est le dernier témoin d’une histoire où les destins se sont croisés et qui se séparent, un jour de mai, sous une chaleur torride. Paul, est le témoin lucide de ce monde qui se termine. La lente mélopée de Fatma, la nourrice, celle qui a bercé son enfance, va se taire à jamais. Figure protectrice, contre l’enfer familial, elle symbolise à elle seule la douleur de l’arrachement . Paul est prêt au départ, refoulant, au plus profond de lui, la nostalgie d’une terre qu’il va quitter.
Au cours du récit, les voix qui s’entrecroisent et se font écho marquent la fin d’une adolescence, vécue dans la tourmente de l’Histoire. Paul rejoint son père, dont il fut séparé, et quitte l’Algérie sur « Le Ville de Marseille » en partance pour la France.
Refusant de privilégier un seul point de vue, Jean-Paul Nozières propose un récit fondé sur les méandres de la mémoire, laissant le lecteur face à ses personnages et à la complexité des situations. L’ambiguïté des acteurs du drame leur donne une profonde richesse. L’aspect historique est traité, ici, sans manichéisme, et permet une liberté de lecture tout à fait exemplaire. Un roman qui interroge.
A recommander à partir de 13 ans
Posté le 30.09.2007 par parolimage
J’aime beaucoup ce qu’écrit Malika Ferdjoukh, aussi, c’est un plaisir pour moi de vous présenter ce récit “à la Dickens”, édité chez Neuf de L’école des loisirs. Le titre en est "Miniut-cCnq"
Minuit-cinq, tel est le nom du héros, qui ne se souvient plus de son véritable prénom. Minuit-cinq, donc, sa sœur Bretelle et leur ami Emil, grand dresseur de petites souris, sont inséparables. Enfants des rues, ils espèrent des jours meilleurs. Mais pour quand ?
Nous sommes à Prague. Bientôt Noël et il y a comme un air de fête. Les enfants ont faim et froid.
Or, au moment où on prend connaissance avec nos jeunes héros, survient dans la bonne ville de Prague un événement des plus fâcheux : pensez donc, la princesse Danilova en sortant du théâtre, dans le fiacre qui la ramenait chez elle, s’aperçoit que son collier de perles à disparu ! Une récompense est promise. Les trois enfants sont sur le qui vive.
Dans la tradition des groupes d’enfants menant une enquête (“Emile et les détectives” d’Erich Kästner, “Les disparus de Saint-Agil” de Pierre Véry ...) nous assistons aux aventures du courageux trio. Et, alors que les enfants sont chaque jour confrontés à la misère la plus noire, leur vitalité les pousse à “survivre” et ils retrouveront, comme dans un conte, l’affection dont ils ont tant manqué.
Ce roman plein d’humour , mené tambour battant, est un régal de lecture. C’est tonique et réjouissant.
A mettre entre toutes les mains à partir de 8 ans
Posté le 31.07.2007 par parolimage
“Rien dire”, bernard Friot, Actes sud Jeunesse
Voici une collection toute récente qui invite les auteurs à exprimer d’un seul souffle
le émotions, les interrogations, voire les révoltes d’une jeunesse non pas, elle , à bout de souffle, mais qui à travers la respiration d’une parole trouve le moyen de dire ce qui en soi est retenu, caché.
Dans le cadre de la préparation du bac, chaque élève doit parler le temps qu’une bougie se consume. Demain, c’est au tour de Brahim. Mais Brahim ‘a rien à dire. Cependant, il nous livre ses réflexions sur la vie, su sa vie, dans un long monologue émaillé de traits d’humour.
Brahim a une obsession, d’avoir un trou à sa chaussette du pied droit. Il nous le di Mais ses pensées dérivent : il nous parle de son amour des gâteaux et de son souhait de devenir Konditormeister, comme ce monsieur Wippler qui fait de si merveilleux “stollens” en Allemagne. Et puis, il y a sa famille, ses rencontres, l’école, le racisme, la difficulté pour lui de se sentir totalement français, alors qu’il est excellent en français, justement.
C’est un livre à la fois léger et profond. Le style est vif, pressé comme la pensée, et d’une lecture très agréable.
A recommander à partir de 13 ans.
Posté le 15.08.2007 par parolimage
"Ta photo dans le journal", Marie Brantôme -Seuil
Pour les vacances, Laure est envoyée, chez un vieux couple, les Pinsart, près d’Arcachon. Dans la maison, il y a aussi Francia, fille du couple d’une trentaine d’années mais “simple d’esprit”. Il y a aussi Pierrot, un jeune garçon de l’assistance publique.
Laure se lie avec Pierre dont elle connaît, peu à peu, le triste sort. Elle lui apprend à lire. Il lui apprend à faire du vélo. Leur complicité est profonde. Mais ils doivent faire face à la jalousie de Francia. Celle-ci constamment humiliée par sa mère, ignorée de son père, développe, au fil des jours,. une haine qui évolue vers la folie.
On connaît Marie Brantôme pour son style fluide et élégant. On connaît aussi la finesse psychologique avec laquelle elle traite ses personnages. La jeune Laure , en particulier, qui découvre tout un monde de rancœur de frustration et de violence, apparaît comme une jeune fille pleine d’intuitions quand elle ne peut tour comprendre.
Nous avons, ici, un récit tout de finesse. Le suspens rythme la narration et participe à la mise en valeur de personnages très attachants. Traité à la façon d’une tragédie, le récit, cependant, se termine bien.
Un récit très bien construit qui se lit avec grand intérêt.
A recommander vivement à partir de 11 ans
Posté le 21.11.2007 par parolimage
Un ange gardien avec des lunettes noires, Silvana Gandolfi, Médium, Ecole des loisirs
Silvana Gandolfi écrit avec un plaisir tellement convainquant qu’elle nous entraîne dans les détours inventifs et si bien écrits de son imaginaire.
Ici, une vieille femme, Leonora Chantdamour ne rêve que d’une chose : écrire, avant de mourir, son dernier roman mais qui devra aussi être son plus beau.
Un jour, elle remarque à la devanture d’un magasin d’antiquités, la statue d’un ange. Rentrée chez elle reproduit de mémoire la sculpture. Et voilà qu’une nuit, un “ange voyou” pénètre dans son appartement pour lui dérober une bague d’une grande valeur qu’elle porte à son doigt. Seulement, du haut du vasistas par lequel il devait pénétrer jusque chez la vieille femme, le chenapan tombe sur la sculpture qui se brise dans un beau vacarme. Notre intrus, sans se démonter, prend la position de l’ange. A sa vue, Leonora voit le miracle s’accomplir : l’ange a pris vie.
Seulement l’ange en question est un peu particulier : cheveux longs, lunettes noires, jeans déchirés. Et surtout il veut fuir au Brésil. Plus tard on apprendra pourquoi.
Un récit en deux parties, l’une fantastique, l’autre réaliste et deux personnages que tout oppose mais qui sont liés par un même destin. La double image de Leonora, vieille femme divaguant dans sa douce folie et de Paulo tout vibrant de jeunesse est magnifiquement traitée.
Et puis, il y a Cancan et Cravate, deux malfrats exploiteurs d’enfants qui sont là, prêts à tout.
Vous avez compris deux choses : que j’adore Silvana Gandolfi et que ce roman aroque est un petit festival littéraire à lui tout seul. C’est aussi un hymne à la vie.
A recommander pour tous à partir de 11 ans
Posté le 05.05.2008 par parolimage
Voici un beau roman paru aux éditions du Seuil dans la collection Karactère(s). Il s’agit de “Une aube rouge sur l’océan” de Marie-Claude Bérot.
Camille vient d’apprendre qu’un accident est survenu en mer. Sa mère, Laure, monitrice du Centre nautique de la ville est sauve. Mais il y a deux disparus : Rémi et Florent. Rémi L’amour naissant de Camille. La mère est en garde-à-vue.
Stupeur et basculement. La vie, l’autre vie n’est plus. Sa mère, si tonique, si vive, une chanson toujours aux lèvres est devenue une femme terne, silencieuse, rongée par la culpabilité. Pour Camille, c’est à la fois le triste spectacle de sa mère trop tôt vieillie et l’apprentissage de l’absence d’un être aimé. Seule la grand-mère, personnage tutélaire, assure par sa présence attentive et discrète une lente remontée vers la vie.
Et puis, pour Camille, Il y aura Antoine, Julien et Sofia.
Ce beau roman traite de la question de la responsabilité humaine. Marie-Claude Bérot nous fait parcourir une histoire qui révèle les liens complexes entre les êtres. L’écriture est parfaitement maîtrisée et le récit échappe à la facilité en évitant le mélodrame.
Il est certain que ce roman séduira le lecteur par la justesse avec laquelle, l’auteure traite la situation mais il ne manquera pas, non plus, d’ouvrir au débat .
A recommander vivement à partir de 13 ans.